Journées du Grand reportage : Initiatives citoyennes pour la paix au Moyen Orient

Antoine Sfeir, Charles Enderlin, Isabelle Staes, Raphaël Walden - photos Robert Terzian

Antoine Sfeir, Charles Enderlin, Isabelle Staes, Raphaël Walden – photos Robert Terzian

« Initiatives citoyennes pour la paix au Moyen Orient », c’était le thème du débat du 17 juin dernier, aux  journées du grand reportage de Marseille. Refus d’alimenter encore et toujours, les tensions perpétuelles du monde israélo-palestinien. Le Club de la Presse avait décidé de consacrer son premier débat à ceux qui dans les deux camps s’efforcent de lancer des passerelles, là où d’autres érigent des murs. Autour d’Isabelle Staes, présidente du Club, trois grands témoins : Le Professeur Raphaël Walden, fondateur de l’association Médecins pour les droits de l’Homme, Charles Enderlin, grand reporter, correspondant permanent de France 2 à Jérusalem, spécialiste du conflit israélo-palestinien et Antoine Sfeir, journaliste, fondateur des Cahiers de l’Orient, président du Centre d’études et de réflexions sur le Moyen-Orient. Israël-Palestine : un autre visage.

Solidarité. D’un côté le conflit israélo-palestinien : le feu, les armes, le sang, qui, depuis des années ravagent cette partie du monde. De l’autre, un combat pour la paix, mené par des hommes et des femmes. Lutte qui porte, elle, un regard sur l’Homme. Israélien ou palestinien, qu’importe. « L’association israélienne (Médecins pour les droits de l’Homme, ndlr) aide toutes les personnes qui n’ont pas un accès convenable aux soins médicaux » souligne le professeur Raphaël Walden, chirurgien vasculaire à l’hôpital Tel Hashomer de Tel Aviv. Ce sont des volontaires juifs et arabes qui, le week-end, vont en Cisjordanie soigner les malades palestiniens. L’action est menée dans des villages isolés : cliniques improvisées en bord de route, consultations médicales, distribution de médicaments, opérations de petite chirurgie. L’association exprime sa solidarité avec le peuple palestinien et son combat. Autre visage de la société israélienne.  « Israël ce n’est pas que la police et les soldats » assure Raphaël Walden. Les Médecins pour les droits de l’Homme, ne sont pas seuls. « Il est étonnant, révèle Antoine Sfeir, de voir combien de palestiniens et d’israéliens travaillent ensemble dans des associations humanitaires, culturelles et autre. Nous en avons comptabilisé 179 dans le seul grand Jérusalem. »

Témoignage. Ahmed, jeune palestinien, a été soigné une nuit par le professeur Walden qui  témoigne « Dans ses yeux noirs, on pouvait voir la haine. Regard perçant, il a prononcé un seul mot : Jihad. » Le père a remercié le médecin en levant la confusion : « Ahmed c’est moi, le petit s’appelle Jihad ». Antoine Sfeir explique : « Jihad est un prénom à la fois chrétien et musulman. Sa traduction par Guerre sainte est un abus ». Processus de diabolisation de la personne. Méconnaissance de l’autre. Ce débat donne une leçon de journalisme. Arrêter les préjugés, découvrir l’autre. La reprise du mot Jihad est révélatrice. « Il faut arrêter de parler de tolérance, insiste Antoine Sfeir. Il ne s’agit pas de tolérer l’autre mais de le reconnaître dans son altérité, de le connaître. » Comment rompre le cycle de violence ? En joignant les forces ? « Une main seule n’applaudit jamais » lance Antoine Sfeir.

Méconnaissance. Nous, occidentaux, parlons d’un problème que nous ne connaissons pas. Le débat a eu le mérite  de montrer que la situation n’était pas uniforme au Moyen-Orient : « Gaza, avec le Hamas, c’est une prison en plein air, un destin fermé, un cadeau aux islamistes » dénonce Antoine Sfeir. Et Charles Enderlin de poursuivre : « En Cisjordanie, la situation se transforme depuis deux ans. Les forces israéliennes coopèrent avec les forces palestiniennes pour maintenir le calme. C’est en train de devenir un véritable Etat. Avec une vie, une organisation. La police contrôle même les parcmètres et inflige des PV aux conducteurs ». Le débat nous amène à nous informer davantage sur ce conflit. « L’incompréhension est le début de la démission, lance Antoine Sfeir. Lisez des livres, informez vous pour comprendre la situation réelle sur place et agir. Devenez des citoyens de la paix. Même d’ici, à 4000 km. »

Occident coupable ? Fins connaisseurs du conflit au Moyen-Orient, les invités interpellent la société occidentale. « C’est à cause de l’Occident que l’islamisation a pu monter en puissance. Dans les années 50, pour les Américains, l’Islam est le meilleur rempart contre le communisme, donc on fait une alliance stratégique avec l’Islam ». « Ce processus de réislamisation archaïque, rétrograde se poursuit » insiste Antoine Sfeir. Dans son livre, « Le grand aveuglement, Israël et l’irrésistible ascension de l’islamisme radical au Proche Orient et l’émergence du Hamas », Charles Enderlin, retrace l’histoire, la montée du mouvement nationaliste radical dans les deux camps, et dénonce «  Les Etats-Unis et Israël ont participé à la création du Hamas ». Antoine Sfeir de conclure «  Nous en payons les conséquences aujourd’hui ».

Quelques moments forts :

Voir aussi l’album photo de la manifestation ICI

Réinitialiser le mot de passe

Veuillez entrer votre email. Vous allez recevoir votre nouveau mot de passe par email.