Journées du Grand reportage : la Soirée

Tous les lauréats des Prix de la Parole libre. Photo : Robert Poulain

Tous les lauréats des Prix de la Parole libre. Photo : Robert Poulain

Quelque chose de jubilatoire à recevoir au club, jour après jour, des enveloppes venues du monde entier. Pour sa 3ème édition, le prix de la parole libre n’a jamais aussi bien porté son nom.

Moment d’intense émotion lorsque Wewaye Deubalbet, tout droit venu du Tchad s’est vu récompensé par le prix radio grâce à un reportage en direct depuis le camp de Djabal, l’un des douze empli de réfugiés soudanais. Un moment de radio retraçant une manifestation auhttp://www.youtube.com/watch?v=WLMt7c0aCGUde la décision du tribunal pénal international (CPI) de lancer un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar-El-Béchir. Notre lauréat est retourné à N’djaména en héros : ce n’est pas tous les jours qu’un Africain remporte un prix international et l’effet Coupe du monde n’y était pour rien.

Le prix presse écrite est revenu à Elif Kayi pour un reportage sur un sujet méconnu, celui des jeunes turcs qui refusent la conscription dans un pays où l’armée est un second pouvoir. « Tout turc ne naît pas soldat » est paru dans le Berliner Zeitung.

Images saisissantes d’Afghanistan ramenées par Caroline Poiron et en particulier, celle d’un vieil homme en train de lire un livre à moitié noirci par les flammes.

Pour le prix télé, nous eûmes droit à un direct avec l’Irak grâce à Skype. C’est là que se trouvait le grand reporter de France 2, Gilles Jacquier, qui concourrait avec un reportage intitulé : « Palestine, la voix des femmes », un témoignage terrifiant sur le machisme et la loi des hommes qui ont droit de mort sur leurs épouses et sœurs dès lors qu’elles ont regardé un garçon dans les yeux.

Enfin un prix spécial a couronné les enfants de l’association Champ Contre Champ qui travaille dans les quartiers populaires de Saint Mauron, Arenc et La Belle de Mai à Marseille. Avec des journalistes confirmés comme Héléne Foxonnet et Michel Allione, ces chères têtes brunes ont créé leur journal, plein de malices et d’astuces. Comme quoi, le grand reportage est parfois au coin de la rue.

Michel Pezet, le Monsieur culture du Conseil Général des Bouches du Rhône, a présidé la cérémonie en montrant beaucoup d’intérêt pour « cette liberté de la presse qui est le garant de la vie démocratique ». Et c’est naturellement Jeannine Ecochard, chargée de l’enfance dans l’institution qui a remis le prix à des gamins, endimanchés comme pour la remise des César.

Et puisqu’il est question de lui (César, bien sur), rendons lui les honneurs et les bravos que mérite le groupe Barrio Chino pour ses chants et mélodies arabo-andalouses. A regretter que l’ouverture prématurée du buffet (au demeurant  succulent de saveurs méditerranéennes) ait empêché d’écouter, comme il se doit, cette formation très talentueuse et d’admirer une authentique danseuse orientale dans une chorégraphie aérienne et sensuelle.

Est-il nécessaire de rappeler que ces prix sont désormais un classique de la presse française et qu’ils sont un hommage à Gibran Tuéni, Anna Politkovskaïa et Hrant Dink. Trois grands témoins qui ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté et la vérité à Beyrouth, Moscou et Istanbul. Et signalons  qu’à l’heure où ces lignes sont écrites, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière sont depuis six mois aux mains d’obscurs terroristes dans une grotte d’Afghanistan. Ne les oublions pas et réagissons !

Voir aussi l’album photo de la manifestation : ICI