Journées du Grand reportage : l’état de la presse en Méditerranée

Jean-François Julliard et Amel Bejaoui - Photo : Robert Poulain

Jean-François Julliard et Amel Bejaoui – Photo : Robert Poulain

Le samedi 19 juin, le troisième débat des Journées du grand reportage a abordé la question de l’état de la presse dans les pays méditerranéens. Animé par Jacqueline de Grandmaison, vice-présidente de l’Union des clubs de la presse de France et francophones, il réunissait Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Amel Bejaoui, journaliste tunisienne et Lirio Abbate, journaliste italien spécialisé dans les enquêtes sur la mafia.

C’est autour du pluralisme des médias, de l’indépendance de l’information par rapport aux différents pouvoirs et des problèmes rencontrés au quotidien par les journalistes dans l’exercice de leur métier que s’est engagé le débat.

Dans le classement mondial de la liberté de la presse 2009, publié chaque année par RSF, les pays méditerranéens sont loin d’occuper les premières places : si les pays du Maghreb, l’Egypte ou la Turquie sont en queue du peloton, Israël et même l’Italie et la France n’ont pas de quoi pavoiser. Ainsi que l’a confirmé Jean-François Julliard, ce sont les pouvoirs politiques de ces pays qui sont les premiers responsables, mais il y a aussi les groupes terroristes, le crime organisé et, parfois, les connivences entre pouvoirs économiques et politiques.

Lirio Abbate, envoyé spécial de l’Expresso, qui s’est spécialisé depuis 20 ans dans les enquêtes sur la mafia et a co-écrit le livre « Les complices », était bien placé pour témoigner sur ce sujet. Vivant et travaillant sous protection policière, il a décrit non seulement les menaces et les violences dont font l’objet les journalistes qui osent dénoncer les activités mafieuses, mais aussi l’emprise des groupes mafieux sur la sphère médiatique et la collusion entre ces groupes et le monde politique italien. Une collusion qui va jusqu’à l’élaboration de lois dangereuses pour l’indépendance de l’information.

Avec Amel Bejaoui, qui est membre fondatrice du premier syndicat de journalistes tunisiens, on a pu comprendre toutes les difficultés et les souffrances des journalistes désireux de faire leur métier en toute indépendance. En Tunisie, c’est l’ensemble de la presse qui est muselé et ne peut se permettre de critiquer le régime. La quasi-totalité des médias est directement contrôlée par le gouvernement, ou appartient à des proches du Président. Les rares journaux d’opposition ont bien du mal à surmonter les obstacles érigés par les autorités, et servent en outre « d’alibi » pour permettre au gouvernement d’afficher un pluralisme factice. Aujourd’hui, ce contrôle sur la presse et la télévision s’étend à Internet.

Mais le débat ne s’est pas limité aux témoignages particulièrement forts des intervenants présents. Cela n’aurait pas été juste, car bien d’autres pays du pourtour méditerranéen, et de grandes démocraties, ne sont pas exemptes de critiques, comme l’a rappelé Jean-François Julliard. Ainsi en est-il notamment d’Israël où, dans l’actualité, l’affaire de la flottille humanitaire a été l’occasion de détenir de nombreux journalistes qui couvraient l’événement et de confisquer leur matériel de travail. En dehors de cet exemple, les journalistes étrangers auraient de plus en plus de difficultés à couvrir les évènements dans ce pays en toute liberté.

Et la France dans tout cela ? Pas très glorieux non plus. Notre confrère Jacques Bonnadier a interrogé : « Si l’Italie craint de rattraper la situation tunisienne, la France ne risque-t-elle pas  d’en venir à celle de l’Italie ? » Bonne question, partagée par nombre de participants. Certes, en France, Nicolas Sarkozy n’est pas propriétaire de médias comme c’est le cas pour Silvio Berlusconi en Italie. Mais les amis du Président le sont. Et d’autres ingérences, en particulier sur l’audiovisuel, sont à déplorer. RSF déplore aussi les mises en examen, convocations policières et perquisitions qui se sont multipliées « de manière inquiétante » au cours de ces dernières années.

« Certes, il n’y a pas de commune mesure entre les situations de certains pays où il y a des atteintes à la vie et des emprisonnements de journalistes, mais on ne peut être crédibles si l’on se mobilise dans ces pays et que l’on ne balaie pas devant notre porte », a souligné en substance Jean-François Julliard.

« Celle des libertés qui les vaut toutes, la liberté de la presse » – pour reprendre les mots de Victor Hugo – reste donc encore à conquérir ou du moins à défendre. Pour cela, ainsi  que l’a remarqué en fin de débat notre présidente Isabelle Staes, les journalistes ont cette possibilité dont ils doivent s’emparer et qui parfois peut faire des miracles : la résistance.

Un journaliste menacé témoigne :

Voir aussi l’album photos de la manifestation : ICI

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