Le Club de la Presse

Déjeuner débat avec Eric Scherer le 7 décembre à midi autour du journalisme augmenté


              

Le 7 décembre dernier, le club de la presse organisait à la Brasserie de l’Alcazar un déjeuner-débat en partenariat avec le Primi (le cluster des industries créatives et numériques de PACA), dans le cadre du FIFTI (Forum of Innovation For Tomorrow's Images) qui se tenait à Marseille, au World Trade Center, du 5 au 7 décembre. L’invité était Eric Scherer, adepte du "journalisme 2.0" selon sa propre expression, auteur d'un glossaire sur la révolution numérique et d'un "Manifeste pour un journalisme augmenté".


Nouvelles technologies et journalisme

Déjeuner débat avec Eric Scherer le 7 décembre à midi autour du journalisme augmenté
Directeur de la prospective et de la stratégie numérique du groupe France Télévisions. Reporter, correspondant à l’étranger, chef de poste, rédacteur en chef et aujourd’hui blogueur à "Méta Médias", Eric a occupé de nombreuses fonctions du journalisme en Europe, en Asie et aux États-Unis, à l’AFP et chez Reuters, avant de rejoindre des postes de direction en France et à l’étranger.

Il est venu débattre autour de la question du journalisme augmenté dans la mesure où le journaliste ne peut plus se contenter de chercher l’information et de la diffuser en avant-première comme il le faisait. L’essor d’internet a entériné la fin d’une ère où le journaliste était le seul détenteur de l’information. « Le papier [ou journalisme à l’ancienne, ndlr] est dépassé et les journalistes doivent s’adapter aux nouvelles technologies » explique-t-il.

La problématique du journalisme augmenté ou réinventé se pose avec acuité à notre ère de l’infobésité, de la post vérité et des fake news: la maîtrise des Flux RSS, métadonnées, hypertextes, affiliation, agrégation des données, sont devenus des outils indispensables au journaliste. Selon lui, ils permettent d’effectuer un tri sélectif de contenus réduisant l’infobésité et offrant une information haute à valeur ajoutée, une information choisie et vérifiée, authentifiée et contextualisée, mise en perspective et analysée, reliant les faits avec pertinence, une information enrichie qui aide à saisir l’importance des événements face à la banalisation croissante de l’information.

Pour Eric SCHERER, cette évolution permet in fine au journalisme d’être un journalisme augmenté de confiance à une époque où notre société fait preuve d’une grande défiance face au métier.

Vers la mort du journalisme?


Ainsi avec l’avènement des réseaux sociaux, la vitesse de circulation des informations, les nouvelles technologies qui ne cessent de se développer, le métier de journaliste est précise-t-il « augmenté de l’audience », avec la contribution du public s’emparant des médias, le « crowdsourcing » et le « crowdfunding » ; « de ses pairs » avec des rédactions qui multiplient les collaborations grâce au développement du journalisme en réseau et à la mutualisation des moyens ; « des autres corps de métiers » avec les nouvelles formes de journalisme qui associent le travail des designers, des développeurs et des journalistes ; « d’innovation et de nouvelles technologies » avec le digital storytelling comprenant la géolocalisation, la cartographie animée, la réalité augmentée, la 3D ; « de nouveaux métiers » avec l’apparition des éditeurs de métadonnées, des éditeurs spécialisés en moteur de recherche, des community managers, des journalistes visuels, des agrégateurs, des remixeurs, des facilitateurs ;  « d’expérimentations » avec la création des médialab pour répondre à la vitesse des changements dans la profession et profiter des opportunités offertes par les nouvelles technologies.

Cette présentation du journalisme augmenté a évidemment suscité de nombreuses questions parmi les invités, notamment chez les anciens. Car le journalisme augmenté n’est pas exempt de dérives ni de défaillances. « Les algorithmes des réseaux sociaux fonctionnent « en chambre d’écho », nous poussant à ne lire que ce qui nous plaît, à la différence du feuilletage d’un journal » nous incitant à la découverte. Ils peuvent induire les médias en erreur, continue-t-il en citant l’exemple de ce qui s’est passé avec l’élection de Trump que n’avaient pas anticipé les médias.

Un autre risque, celle de la dépendance des médias à des patrons de grands groupes, qui ne sont pas des patrons de presse. Cela interdit la mise en œuvre d’enquêtes sur leurs sociétés par les journalistes de leur rédaction (ex du Washington Post détenu par Amazon).

Est-ce à dire que le journalisme est mort ? Pour Eric Scherer : « rien n’est si sûr » car « le travail de terrain reste important » : « on a besoin du travail d’explication et de mise en perspective du journaliste pour donner du sens, plus que jamais aujourd’hui, mais différemment ». conclut-il.

Texte et Photos: DVDM
 

Rédigé le Vendredi 22 Décembre 2017 à 15:48 | Lu 65 fois



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