Le Club de la Presse

Rencontre avec Fabrice Lextrait le 18 octobre 2017 au Club de la Presse


              

Fabrice Lextrait, frichiste historique, ancien administrateur du site à la Belle de Mai, était l’invité du club le 18 octobre dernier afin de présenter son ouvrage « la Friche, Terre de Culture » aux membres présents. Un recueil de paroles d’une cinquantaine de frichistes en tout poil. Un ouvrage subjectif, dense et richement documenté autour de la Friche (de ses origines en 1990 à aujourd’hui). 27 ans d’une aventure hors du commun à laquelle a participé l’auteur. 27 ans d’un projet commun qui n’aurait pu voir le jour aujourd’hui, faute d’une volonté politique forte.


Une histoire de la Friche

Philippe Foulquié (directeur du Massalia Théâtre créé en 1987), Alain Fourneau (directeur des Bernardines) et Christian Poitevin (poète, adjoint délégué à la culture de Vigouroux) sont les initiateurs de cette Friche installée les deux premières années de son existence dans une friche industrielle de 5000mètres carrés, propriété de Monsieur Marc Féraud, du côté du boulevard Magallon dans le 15ème, avant de prendre possession du site de la Seita à la Belle de Mai sur  45 000 mètres carrés de plateaux industriels en 1992.

L’auteur rappelle l’importance de « la volonté politique à l’initiative de la création de la Friche sans laquelle elle n’aurait pu naître », également « l’investissement des acteurs culturels du système Friche Théâtre ». Philippe Foulquié, également convié à la rencontre, rappelle un des premiers événements de la Friche : la création de Helter Shelter de François Michel Pesenti, racontant l’anecdote d’un espace quasi impossible à chauffer, anecdote ancrée dans les mémoires malgré les travaux de réaménagement de la Friche et des locaux. Autre événement marquant, une soirée mémorable pour la clôture de l’exposition Basquiat.

Fabrice Lextrait insiste quant à lui sur le fait que selon lui, la Friche n’est ni une œuvre individuelle ni collective : on répond « à l’individualisme par le collectif » mais ici, ce n’est pas le cas. Elle participe de ce qu’il appelle « un projet commun, porté par des artistes de théâtre et des politiques ». Philippe Foulquié rappelle ici qu’en dépit de leurs divergences d’opinions politiques, Jean Claude Gaudin a effectivement soutenu dès son arrivée à la mairie de Marseille, en 1995, le Système Friche Théâtre (devenu depuis une société coopérative sous l’impulsion d’Alain Arnaudet, successeur de M. Foulquié).

Avec la venue du GMEM, la construction de l’IMMS, la question de l’institutionnalisation de la Friche a été posée ainsi que celle de la fidélité à sa base éthique originelle. Ce à quoi l’auteur répond qu’à son avis, « la Friche est restée fidèle à l’esprit de ses origines » et que si institutionnalisation il y a, elle reste « ce lieu d’expression des paroles singulières d’artistes questionnant notre société » .

La Friche -dont la programmation d’expositions gigantesques (la rétrospective Gilles Barbier par exemple) ou l’organisation de salons artistiques reconnus (Art o Rama) l’ont transformée en lieu incontournable de la scène internationale avec un effet MP2013- reste un lieu de création artistique foisonnant et un espace commun de vie et de pratiques urbaines (ex. le skate parc) où les gens du quartier peuvent côtoyer les artistes "même s’il est à regretter l’abandon du projet d’habitat social au sein de la Friche". Le site d’implantation n’était pas forcément le meilleur car « la Friche ne se limite pas aux rues Jobin et François Simon » précise Fabrice Lextrait.

In fine, ce fut un débat passionnant au cours duquel a été également posée la question de la politique culturelle à l’œuvre aujourd’hui à Marseille et en France, ainsi que celle de la baisse drastique des moyens dédiés à la production artistique au cœur de la Friche (600000€, à peine 10% du budget de fonctionnement), une problématique commune à de nombreux lieux culturels et dont pâtissent artistes et compagnies. Diane Vandermolina
 

Retour en Images (par P.Lentini)


Rédigé le Mardi 24 Octobre 2017 à 14:11 | Lu 9 fois